Une exploration ContactGPS à partir du Rwanda principalement.
Carte et fiches · version 1.10 · 29 octobre 2026
Exploité par
Explorer différentes manières de dire, d’écouter et de se taire, et leurs priorités communicationnelles. Carte et fiches en cours d’élaboration, ouvertes à des améliorations et corrections ultérieures.Une proposition éditoriale de Michel Kocher, journaliste et théologien, avec l’aide de l’IA pour le graphisme et les recherches documentaires.
Dire son vécu au-delà de la différence d’âgeLe savoir de l’expérience
Reconnaître celui dont on reçoitProverbes
Nommer l’enfant, reconnaître qui il estLe nom et la reconnaissance de la personne
Renommer les lieux, redessiner le paysRwanda · Réforme de 2006
Recomposer le partage des souvenirsDes mots, des images et des gestes
Traduire le roi nourricierAlexis Kagame · Placement exploratoire
Les animaux parlent de nos affairesConte animalier · Repère « Proverbes » sur la carte
Grandis ! Je te nomme Untel !Un souhait et une nomination
Mon silence ne vous donne pas raisonRetrait, protection et désaccord possible
Se taire devant celui qui fait autoritéDéférence attendue et adhésion intérieure
Faire entendre des vies par la création scéniqueDorothée Munyaneza — Unwanted, 2017
Cliquez ou touchez un repère, une illustration ou une carte ci-dessous pour lire la fiche. Sur petit écran, faites glisser la carte horizontalement.
Les onze paroles
Ouvrez une fiche pour découvrir son contexte, ce qu’elle permet de comprendre et les raisons de son placement.
Comment lire les deux axes ?
De gauche à droite : la priorité se déplace de la richesse de ce que l’on veut exprimer vers la compréhension par des destinataires plus divers. Une parole à gauche peut être collective ; une parole à droite n’implique pas nécessairement l’accord de tous.
De haut en bas : on passe de la mobilisation de codes disponibles à leur remaniement pour poursuivre une expérience ou une histoire. « Code » désigne ici une manière de dire ou d’agir que l’on peut reconnaître : proverbe, formule rituelle, règle de silence, geste ou forme scénique.
Ces axes organisent notre lecture des situations. Ils ne classent pas des peuples et ne mesurent pas la valeur des pratiques. Une même pratique peut changer de place selon le moment et l’usage considérés.
Une carte en cours d’élaboration
Les placements sont des propositions éditoriales ouvertes à la discussion. Les fiches distinguent la situation documentée, notre interprétation et les limites de la documentation. Le repère en pointillés associé à « Traduire le roi nourricier » indique un placement particulièrement exploratoire.
Le corpus part principalement du Rwanda, avec des comparaisons régionales. Les illustrations sont évocatrices, non documentaires. Les localisations retirées de l’image restent précisées dans les fiches lorsqu’elles sont nécessaires pour comprendre une source.
La fiche 7 documente un conte animalier. Le sous-titre « Proverbes », conservé sur la carte validée, ne doit pas être pris pour la classification de ce récit.
Dire son vécu au-delà de la différence d’âge
Le savoir de l’expérience
La situation
Un adulte sait-il nécessairement mieux raconter une situation qu’un jeune ? Dans une recherche menée au Rwanda, un proverbe vient questionner cette hiérarchie : l’âge ne remplace pas l’expérience de celui qui a vécu l’événement. Les chercheurs mobilisent cette idée pour reconnaître les jeunes comme des personnes capables de comprendre et de raconter leur propre vie.
Ce qui se joue
Prendre un jeune au sérieux ne signifie pas rejeter le savoir des aînés. Cela consiste à lui laisser une place que personne ne peut entièrement occuper à sa place : celle du témoin de son expérience. Le proverbe permet de réclamer cette écoute en s’appuyant sur une parole culturellement reconnue.
Pourquoi cette place sur la carte ?
Nord-ouest. Une formule déjà connue — le proverbe — permet de défendre une expérience singulière. Le langage commun devient une ressource pour faire entendre une voix moins autorisée.
Nuances et limites
Il s’agit d’un usage du proverbe dans un contexte de recherche et d’échanges intergénérationnels, et non de la description d’un dialogue particulier entre le jeune et l’aîné représentés sur la carte.
L’exemple retenu dans notre dossier oppose le bois, dont on apprécie l’utilité, à la personne qui l’a ramassé, que l’on déconsidère. Son enjeu serait donc : comment peut-on profiter de ce qu’une personne apporte tout en méprisant cette personne ?
Ce qui se joue
Le ramassage du bois rend visible une contribution que le bénéficiaire risque d’oublier. Le proverbe permettrait de rappeler cette dette sans formuler directement une accusation. La personne qui parle invite son interlocuteur à reconnaître le lien entre ce qu’il reçoit et celui qui le lui procure.
Pourquoi cette place sur la carte ?
Nord-ouest proposé. Une image proverbiale disponible sert à exprimer un grief particulier, en laissant à l’interlocuteur le soin de reconnaître la situation.
Nuances et limites
La référence conservée dans notre dossier — Crépeau et Bizimana, Proverbes du Rwanda, entrée 720, p. 218 — reste à revérifier directement. Cette présentation est une paraphrase de travail, pas une citation du proverbe.
Sources et état documentaire
Crépeau et Bizimana, Proverbes du Rwanda — référence à contrôler
Nommer l’enfant, reconnaître qui il est
Le nom et la reconnaissance de la personne
La situation
Placide Tempels rapporte un échange avec les parents d’un bébé qu’il vient de baptiser. Lorsqu’il demande confirmation du nom de naissance, ils répondent « c’est lui » ; pour le prénom chrétien, ils répondent « oui ». Tempels interprète cette différence comme une distinction entre un nom attaché à l’être de l’enfant et une appellation extérieure. Ce sont les parents qui répondent, pas l’enfant.
Ce qui se joue
Nommer peut engager une manière de reconnaître une personne, son histoire ou ses relations. L’exemple invite à entendre ce qu’un nom signifie pour ceux qui l’emploient, au-delà de sa fonction pratique d’identification.
Pourquoi cette place sur la carte ?
Nord-ouest proposé. L’emploi de formes linguistiques connues exprime une identité particulière. Ce placement est notre lecture de l’échange rapporté.
Nuances et limites
Nous présentons une interprétation de Tempels, issue d’un contexte missionnaire et colonial au Congo, sans l’étendre à tous les mondes bantous. Les bulles de l’illustration évoquent un échange ; elles ne transcrivent pas la scène.
Une personne connaît un lieu sous un nom ; l’administration, les cartes et les documents en emploient désormais un autre. Les correspondances Butare–Huye et Gitarama–Muhanga s’inscrivent dans la réorganisation territoriale rwandaise de 2006. Il faut tenir compte ensemble des nouvelles dénominations et des changements d’unités administratives.
Ce qui se joue
Un nom officiel permet de se repérer, mais aussi de reconnaître une organisation publique du territoire. Renommer pose donc une question d’autorité : qui décide des mots que tous sont invités à employer ? La réforme peut également être interrogée sous l’angle des appartenances et de la mémoire, sans confondre cette lecture avec ses justifications officielles.
Pourquoi cette place sur la carte ?
Sud-est. Nous représentons l’acte d’instaurer de nouvelles désignations communes. Il transforme les repères pour les faire circuler largement. Leur usage quotidien, une fois stabilisé, relèverait plutôt du nord.
Nuances et limites
Les panneaux résument des correspondances entre anciens et nouveaux noms. Ils ne signifient pas que les limites des unités territoriales seraient restées identiques.
Dans l’atelier Connective Memories, les participants travaillent avec des postures corporelles, des images et des discussions. Ils cherchent comment partager des souvenirs sans les réduire à la transmission d’un passé figé. Après plusieurs propositions, ils retiennent isangizanyankuru, autour du partage des récits de vie.
Ce qui se joue
Un souvenir comporte des émotions et des relations que les mots habituels ne rendent pas toujours. Le travail collectif porte donc aussi sur la manière de raconter et d’écouter. Les images corporelles permettent de discuter des liens entre générations et de la pluralité des sentiments attachés à un souvenir.
Pourquoi cette place sur la carte ?
Sud-ouest. Les participants remanient leurs moyens d’expression pour préserver la richesse de leurs expériences. Le renouvellement se situe dans ce travail de recherche partagé.
Nuances et limites
Ce placement concerne le processus de l’atelier, sans supposer qu’il transforme durablement la langue de toute une société. L’illustration évoque un atelier ; elle ne reproduit pas une photographie de l’enquête.
Comment un lecteur extérieur peut-il comprendre un poème dont les images, les références et les mots anciens lui sont étrangers ? Cette fiche examine une piste : le travail de traduction et d’explication de Kagame autour d’une poésie dynastique rwandaise.
Ce qui se joue
Traduire demande parfois davantage que remplacer un mot par un autre : il faut expliquer une allusion, éclairer une image ou restituer un contexte pour que le lecteur puisse suivre. L’expression « roi nourricier » sert ici d’intitulé de travail pour interroger ce passage entre des univers de compréhension.
Pourquoi cette place sur la carte ?
Est proposé, sud à discuter. L’ouverture vers d’autres lecteurs soutient la position à l’est. Mais traduire ne suffit pas à démontrer le renouvellement des codes : un placement au nord-est reste possible.
Nuances et limites
La comparaison précise entre le poème, sa traduction et ses notes n’a pas encore été réalisée. Cette fiche expose une question de recherche, pas une démonstration achevée. Le repère en pointillés rappelle ce statut. Les signes dessinés dans le livre sont illustratifs et ne constituent pas un extrait du poème.
Conte animalier · Repère « Proverbes » sur la carte
La situation
Dans la version de Bakame n’impyisi retenue lors de notre enquête, le lièvre et l’hyène s’associent pour commercer. Le lièvre trompe son partenaire : ses paroles de coopération dissimulent son intérêt personnel.
Ce qui se joue
La fiction permet de discuter de confiance, de promesse et de trahison sans commencer par accuser une personne réelle. Les animaux offrent une distance à partir de laquelle chacun peut reconnaître des conduites humaines. Dans le manuel pédagogique, des questions invitent les élèves à rapprocher le récit de situations de la vie ordinaire.
Pourquoi cette place sur la carte ?
Nord-est. Nous plaçons l’usage pédagogique du conte : un récit partagé fournit des repères pour discuter de situations différentes. Les mensonges du personnage constituent un autre acte de parole, à analyser séparément.
Nuances et limites
L’exemple documenté est un conte, même si la carte porte le sous-titre éditorial « Proverbes ». La présence d’animaux parlants dans la fiction ne démontre pas leur statut philosophique chez Kagame.
Dans la description historique de Kagame retenue lors de notre enquête, la mère soulève légèrement l’enfant et prononce la formule de nomination. Le père reprend ensuite le geste et la parole. Ce moment parental se distingue de celui où des enfants invités proposent auparavant des noms.
Ce qui se joue
La parole associe une désignation et un souhait : elle nomme l’enfant tout en s’adressant à son avenir. Le geste et les mots composent ensemble l’acte rituel. Les participants reprennent une forme reçue pour accueillir une personne nouvelle.
Pourquoi cette place sur la carte ?
Au nord, près de l’axe. Une forme rituelle disponible accueille une naissance nouvelle. La position horizontale demeure ouverte : le moment parental intime ne suffit pas à démontrer une recherche de destinataires plus divers.
Nuances et limites
Il s’agit d’une pratique historique décrite par Kagame, et non d’une règle uniforme du Rwanda contemporain. Le passage ne permet pas de conclure que l’enfant deviendrait une personne seulement après sa nomination.
Les gacaca étaient des juridictions communautaires chargées de juger une partie des crimes liés au génocide. Leur fonctionnement reposait notamment sur la participation et les témoignages de la population. Les enquêtes documentent cependant des réticences à parler, liées entre autres à la peur des représailles et aux tensions sociales.
Ce qui se joue
Assister à une réunion sans contredire publiquement ne prouve pas que l’on approuve. Se taire peut protéger une personne, ses proches ou un désaccord qu’elle ne peut exposer. Le comportement visible et la conviction intérieure ne se recouvrent donc pas nécessairement.
Pourquoi cette place sur la carte ?
Nord-ouest proposé. Nous représentons l’hypothèse d’un retrait compris dans son contexte, qui préserve une position singulière. Le nord vaut lorsque ce retrait mobilise une conduite disponible et reconnue.
Nuances et limites
Le titre est notre formulation éditoriale, pas une citation d’enquêté. Un silence protecteur n’est pas nécessairement contestataire : nous ne prêtons pas une intention de résistance à toute personne silencieuse.
Une recherche sur la participation des femmes au Burundi décrit des attentes sociales concernant leur manière de parler, de garder certaines affaires privées et de respecter une hiérarchie des voix. Le silence peut y être associé au respect et à la conduite attendue d’une femme estimée.
Ce qui se joue
Une personne peut savoir qu’elle doit laisser parler une autre personne sans pour autant partager ses idées. La règle peut être parfaitement intégrée tout en étant vécue comme une contrainte. Les chercheuses soulignent aussi que les femmes avaient beaucoup à dire lorsqu’un espace sûr leur était offert.
Pourquoi cette place sur la carte ?
Nord-est proposé. Le nord correspond à une norme apprise. L’est demeure exploratoire : rendre la hiérarchie reconnaissable ne démontre pas à lui seul une volonté d’élargir les destinataires.
Nuances et limites
Cette enquête porte sur des situations burundaises et genrées. Elle apporte une comparaison régionale, sans décrire indistinctement les usages rwandais. Le titre est notre formulation de lecture ; le silence ne prouve ni l’accord ni l’acceptation de l’autorité.
Pour préparer Unwanted, Dorothée Munyaneza rencontre des femmes victimes de viols pendant le génocide et s’intéresse aussi aux enfants nés de ces violences. Ces récits nourrissent une création qui associe voix, chant, mouvement et composition sonore, avec notamment Holland Andrews et Alain Mahé.
Ce qui se joue
La scène propose d’autres moyens de rencontrer ces histoires. Le corps, le son et les mots peuvent faire entendre ensemble des expériences difficiles à transmettre dans un récit explicatif. L’œuvre fait circuler ces vies au-delà des rencontres initiales de l’artiste.
Pourquoi cette place sur la carte ?
Sud-est. Les moyens d’expression sont recomposés pour porter des vies auprès d’autres publics. Ce placement concerne cette œuvre précise, et non l’ensemble du travail de l’artiste.
Nuances et limites
L’intention artistique est documentée ; ce que chaque spectateur comprend ou éprouve reste une question distincte. L’illustration évoque la création scénique et ne constitue pas un portrait documentaire de la performance.